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Label de mode éthique

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Label de mode éthique

Pourquoi labelliser la mode ?

Label par-ci, label par-là, on ne compte plus ces petites vignettes colorées apposées sur les produits, d’abord alimentaires. Aujourd’hui, le cercle de produits étiquetés de ces garanties diverses et variées semble s’étendre à l’industrie de la mode. Par industrie, on entend surtout Fast-fashion. 

En effet, qui n’a pas déjà vu fleurir sur le descriptif de collections récentes et dites “durables”, la promesse d’un vêtement fait de fibres recyclées, ou de coton biologique ? Si ces initiatives, aussi respectables soient-elles, se font de plus en plus nombreuses, attention toutefois à bien distinguer la simple étiquette de son voisin, le label. Car la frontière entre les deux, bien que très fine aux yeux du consommateur, détient toute son importance. Explications.

 D’une industrie intensive…


Aujourd’hui, l’industrie de la mode s’inscrit dans le top 10 des industries les plus polluantes au monde. Elle draine près de 10% des pesticides utilisés à échelle mondiale pour seulement 3% des terres cultivées, et sa contribution aux gazs à effets de serre est chaque année d’environ 3%. La culture du coton est la troisième plus gourmande en eau : saviez-vous que 2700 litres d’eau sont nécessaires pour produire un t-shirt ? Pendant qu’environ 5260 litres sont utilisés pour produire un seul kilogramme de coton (source du CNRS) ?

Ces chiffres sont si grands qu’il est, nous vous l’accordons, difficile de s’en représenter les dégâts. Dans ce cas, dites-vous que la production d’un t-shirt nécessite 70 douches. Que celle d’un jean en demande 285. Dites-vous aussi que votre t-shirt, bien souvent, avant d’être porté, engendre un impact de 5,2kg de CO2… c’est-à-dire autant que 27 km en avion.
Enfin, rappelons-nous aussi qu’un jean, avant de finir dans notre placard, peut parcourir 65000 km, soit… une fois et demi le tour de la planète (comme expliqué dans cet article).

Sans parler des rejets toxiques des usines qui échappent aux stations d’épuration dans les rivières, qui ravagent sur leur passage faune en intoxicant les poissons, flore en empêchant la photosynthèse, et êtres humains en les empoisonnant. Qui n’a pas déjà entendu ce dicton venu de Chine nous apprendre qu’il suffit de regarder la couleur de la rivière pour savoir quelle sera la tendance de demain?

Outre ces chiffres déplorables pour l’environnement, les scandales humains suivent : inutile de rappeler l’effondrement du Rana Plaza entraînant la mort de plus d’un millier de personnes, ou les 22000 morts que cause en moyenne la culture du coton par an. Entre les pesticides, l’ingratitude du travail, parfois forcé, et les produits chimiques très dangereux
utilisés pour traiter la fibre, les travailleurs de l’industrie textile, pourtant premiers maillons de la chaîne de production, sont bien souvent oubliés des consommateurs. 

Bien souvent oubliés, parce que l’industrie du textile est une filière extrêmement ramifiée. En effet, entre le champ de coton et l’usine de confection du vêtement, la matière première peut parcourir de nombreuses frontières : très rares sont les usines “intégrées”, qui sont équipées de sorte à assurer l’ensemble du processus de production. 

Ainsi, lorsqu’elle est cultivée en Ouzbékistan, la matière première peut être acheminée dans une usine d’égrenage en Inde, dans une autre de filature au Pakistan, avant d’être confectionnée au Bangladesh, pour être vendue en Europe. La question de la traçabilité est donc très importante, vous l’aurez deviné. Car qui dit traçabilité, dit que l’on peut auditer les usines, c’est-à-dire contrôler si elles respectent les droits de leurs travailleurs. 

Mais, dès lors que le coton devient intraçable, tout se perd. Et, à ceux qui seraient tenté d’avancer qu’il suffit d’étiqueter dès le début les balles de coton pour indiquer leur provenance, la chose est bien plus complexe que cela, hélas. Bien heureusement, l’éveil des conscience est d’actualité. 

…A une industrie en mutation


C’est en réaction aux dégâts de cette industrie que s’esquisse depuis quelques années la croissance d’une prise de conscience globale. La responsabilité sociale et environnementale est un thème au coeur des préoccupations, non plus de demain, mais d’aujourd’hui. Notre économie étant dictée par la loi de la demande, il nous incombe, à nous, consomm’acteurs, de faire entendre nos voix aux marques, pour qu’elles changent leurs pratiques. 

Et l’effort n’est pas vain, comme nous le montre l’ampleur d’évènements comme la Fashion Revolution Week et sa célèbre pancarte “Who made my clothes”, brandie par des milliers de citoyens à travers le monde, chaque année depuis la tragédie du Rana Plaza. Les marques éthiques (mode recyclée, biologique, équitable, de seconde-main…) se font de plus en plus nombreuses, tandis que les nouvelles générations affichent une consommation en quête de sens.

Aujourd’hui par exemple, il ressort de la génération née entre 1980 et 2000 un intérêt envers les marques qui poussent l’effort de transparence. Au même titre que dans l’industrie alimentaire, les labels sont donc de plus en plus nombreux à bourgeonner sur les étiquettes de nos vêtements. 

Le label, quelle importance ?


Il semble primordial de bien distinguer un label d’une étiquette, et un label fiable, d’un label mensonger. Le label est en général un signe distinctif représenté par une petite vignette, il est par ailleurs souvent présenté comme tel. Une étiquette peut effectivement afficher les mêmes informations qu’un label, cependant on la distingue par le fait qu’elle ne détient pas de nom. Tout label porte un nom : AB, ECOCERT, Ecolabel Européen, qui vous permet alors d’effectuer une recherche à son propos. L’étiquette est donc moins “crédible” que le label. La présence du label n’empêche évidemment pas l’étiquette. Par contre, la présence de l’étiquette ne doit pas empêcher celle d’un label. 

Le hic, c’est qu’au sein même des labels, il y a bien souvent à boire et à manger. On trouve dans ce vaste panier les labels “autoproclamés”, et les labels indépendants. Pour se représenter la pyramide hiérarchique qui donne naissance aux labels fiables, dites-vous que
tout part des normes. Les normes, ce sont des standards à respecter. On citera par exemple les normes de commerce équitable ou d’agriculture biologique, très concernées par l’industrie du textile. Toute marque qui souhaite labelliser sa production en fait la demande auprès d’un organisme de certification. C’est un organisme qui tranche si l’entreprise respecte la norme. Il lui donne alors le droit de porter le label, logo qui permet de communiquer au consommateur final la certification de l’entreprise. Et ce n’est pas tout : ce même organisme de certification est surveillé par un organisme de contrôle, qui s’assure de sa compétence, de son impartialité, et de son indépendance. 

Vous l’aurez compris, c’est un système de contrôle méticuleux et très exigeant. Et qui dit tels processus, dit coûts. 

Pourquoi labelliser coûte-t-il cher ?


La labellisation digne de ce nom coûte aujourd’hui très cher aux entreprises : acheter du coton labellisé est près de 30% plus cher pour les professionnels. Ce qui semble logique, lorsqu’on s’engage à respecter et l’homme, et l’environnement. Malheureusement, ce n’est pas (encore) tout à fait dans la politique des grandes enseignes de la fast-fashion, ou plutôt
ces enseignes dont l’argument “low-cost” est placé en première ligne. 

Certaines marques, qui profitent du caractère facultatif de charte de responsabilité sociale et environnementale, ont donc créé des labels privés, autoproclamés. Ce sont des labels montés de toutes pièces par des entreprises privées, qu’elles estampillent sur leurs collections, sans même que ces derniers soient contrôlés par une partie indépendante et accréditée. Nombreux sont donc les labels “greenwashés”, ou “fairwashés”, c’est-à-dire des labels qui affirment un engagement tout particulièrement responsable, alors que ce n’est malheureusement que poudre aux yeux. Difficile de s’y retrouver, quand les grandes enseignes semblent chacune décorées d’un label différent.. 

Comment ne pas se faire avoir ?

Consulter le site du label, ses engagements, oui. Ceci dit, n’oublions pas que l’intox prolifère aussi vite que les sources d’informations. Ne pas se confiner au simple site, mais aller au delà, en vérifiant quelle norme il respecte, quel est l’organisme de certification et l’organisme de contrôle de ce dernier est une démarche qui vous vaudra la vérification certaine du label.

Les labels constituent donc une première source d’informations précieuse. Certains, en réaction à cette rigueur qu’ils voient comme contraignante, décident toutefois de se tourner vers l’alternative très écologique, et très en vogue: le recyclé

La mode issue de textiles recyclés: quels enjeux sur ce marché
en croissance ?


Le recyclage des textiles n’est plus un secret: il permet l’économie des ressources naturelles. Le déchet devient alors une nouvelle ressource. Cet intérêt pour les produits recyclés s’inscrit dans la démarche de dé-consommation, tendance actuelle ou transformation sociétale qui porte le consommateur vers une quête de sens plus que vers une accumulation de biens. 

Dans ce contexte, écologie, éthique, seconde-main semblent être de véritables relais de croissance pour le marché. Le déchet est en effet de plus en plus considéré aux yeux de l’industrie comme une nouvelle matière première en devenir. De nombreuses régions du monde commencent à s’intéresser à la question et en font un secteur en constante évolution. S’il existe un procédé global de production du coton biologique, il existe en revanche mille et une façons de donner vie à un produit qu’on dira “recyclé”. 

Il est très certainement complexe d’instaurer une labellisation uniforme et homogène à tous les textiles recyclés, de là le fait que la labellisation ne soit pas encore démocratisée au sein de cette filière. Car les matières premières issues du recyclage sont aussi diverses et variées que le sont les méthodes de recyclage. 

Si l’on part du postulat que rien n’empêche un acteur d’affirmer l’utilisation de matériaux recyclés, comme son voisin revendique l’utilisation d’un coton biologique, et que l’on se rappelle la tendance croissante du “cradle to cradle”, la balance penche plutôt pour un “oui, labellisons le recyclé”. Lorsqu’on achète par exemple un t-shirt en polyester recyclé, qui nous dit vraiment que 100% de la matière l’est réellement, et que la moitié n’est pas directement issue de gisements de pétroles ? 

Car le polyester est, rappelons-le, la matière qui s’obtient en fondant et en remodelant en longues fibres les molécules qui composent le plastique, lui-même issu du pétrole. Si l’on se penche davantage sur la question, on se rappellera les vices d’une industrie qui a opté pour un tel mode de fabrication qu’il en résulte aujourd’hui le triste constat qu’il est plus coûteux de faire recycler, que de produire du neuf. De là le doute quant à la composition de nos vêtements. Ajoutons donc les prix de la labellisation à une filière coûteuse en procédés, et rares seront les marques volontaires. 

Il en résulte que c’est à nous, citoyens, de nous mobiliser, pour une fois encore evendiquer l’effort de transparence, à l’heure où le recyclage dépassera le marché du neuf. 

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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